Ce 4 juillet 2012, le Parlement de l’Union Européenne a massivement voté contre le traité ACTA par 478 voix contre et 39 pour (et 165 abstentions).
Négocié en secret depuis 2007 par divers États désireux d’abandonner le contrôle des marchandises aux frontières et d’en faire un marché pour les milices privées à la solde des multinationales, ce traité commercial anti-contrefaçon avait été révélé au public par WikiLeaks en 2008. Dès sa publication, de nombreuses voix s’élevèrent à l’encontre de ce traité qui visait directement à restreindre la libre circulation de marchandises “contrefaites” telles que médicaments génériques, semences non manipulées génétiquement ou encore produits manufacturés issus de pays émergents. Ce texte visait aussi à contrer la “piraterie” dont serait victime l’industrie du divertissement, en permettant à des milices privées d’être engagées pour contrôler les supports numériques aux frontières ou superviser et espionner les réseaux de communication et/ou de partage numérique (en suivant l’exemple Français du système HADOPI/CPD pour l’étendre et le généraliser).
Le groupe DegenereScience Lille, qui dénonce ce traité depuis des années, ne peut évidemment que se réjouir de cette nouvelle. La mobilisation dans les rues fut quasiment inexistante en France mais la révolte populaire s’est largement faite entendre dans d’autres pays, comme la Pologne ou l’Allemagne, où la population n’a oublié ni les années de dictature ni l’effet d’une privation totale de liberté individuelle et de vie privée. La pression militante des peuples ayant subi les totalitarismes politiques du XXe siècle a obligé l’Union Européenne à refuser le totalitarisme économique du XXIe siècle.
Au delà du funeste mais prévisible sort du traité ACTA, ce vote est l’occasion pour le groupe DegenereScience Lille de rappeler que si les réformes du concept de “propriété intellectuelle” se font aussi pressantes ces dernières années, c’est parce que l’échec du système de la propriété se fait chaque jour plus visible. Le Capital s’accroche désespérément au modèle social et politique qu’il a créé mais qui lui échappe au fur et à mesure que nos vies basculent vers le modèle de la société de l’Information.
Il faut que l’ensemble du corps social se rende compte que la libre circulation de l’Information n’a qu’une seule limite : la stricte préservation de la sphère privée. Le partage d’information, numérique ou pas, ne saurait donc être assimilé ni à du “piratage” ni à de la “contrefaçon”.

